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Togo - Au coeur du "marché noir" des cambistes


Société
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Au grand marché d’Adawalato, en allant vers Ollando, des hommes assis en fil indienne à la devanture d’une grande boutique de vente de pagne (Fontana), chacun, une petite table devant lui et des billets en différents devises y sont posés. Eux, ce sont les initiés d’un commerce séculaire : les cambistes. Ils ont une même ritournelle à chaque client potentiel. "Veux-tu échanger ton argent ?"

Ils ont plusieurs catégories de clients qui sont des commerçants, des hommes d'affaires et bien d'autres. Ce marché bien évidemment est qualifié de " marché noir" par les férus du métier, parce que les taux de change ne sont pas établis d’avance. Ils peuvent varier d’un client à un autre, ceci par le biais de la négociation, ce qui n’est pas le cas à la banque.

La négociation, c’est le maître-mot de ce commerce qui tourne essentiellement autour l’argent. Ils disent « vendre » l’argent ou l’échanger. Face à la banque, ce secteur informel très florissant offre également des services de change. Au Togo, on les retrouve soit dans leur bureaux, soit dans les marchés (le grand marché en l’occurrence) et au niveau des frontières.

Monsieur Roger, la quarantaine, cambiste depuis 26 ans, billets et calculatrice à la main, un sac en bandoulière, rencontré sur le site de change d'Ollando (Lomé) parle de ce métier, importé par les Yorubas au Togo. Pour lui, ce métier a fait ses preuves depuis la nuit des temps.

« Je fais le change d’argent. Ce métier consiste essentiellement à recevoir une monnaie, la convertir dans la monnaie voulue par le client et lui faire l’échange. Je reçois plusieurs types de monnaies comme l’euro, le dollar américain et canadien, le Yen japonais, le Naira, le Cedi et d’autres types de monnaies comme la monnaie turquoise, indienne, de l’Amérique latine, etc. », explique t-il.

La question du taux de change, une spéculation totale chez les cambistes

D'où viennent les taux de change ? Une question qui intéresse surtout lorsqu’on écoute chaque jour le cours des devises. Les cours des monnaies (ou prix d’une devise par rapport à une autre) proviennent en fait des banques centrales. La hausse ou la baisse de taux de change provient d’abords des échanges internationaux entre les différents pays dans le monde, ensuite des interventions des banques centrales sur les taux d’intérêt et enfin des cambistes que les banquiers appellent « des spéculateurs ».

Le dollar se change aujourd’hui à 611,73 FCFA, l’Euro est à 655,96 FCFA, le Yen à 5,36 FCFA, le Naira en 2,78 FCFA, le Cedi en 142,27 FCFA, etc. tels sont les taux de change de ce mercredi, 07 décembre 2016.

Ce cours de change établi par la banque préoccupe moins Yao. « Son » taux de change à lui se lit sur le terrain. D’ailleurs, il bombe le torse. Même les banquiers et les cambistes de bureau viennent lui demander à la frontière, Togo-Ghana le cours de la monnaie de la journée. Comment arrive t-il à le reconnaître, il explique :

« C’est par rapport à l’entrée du dollar ou de l’Euro que je fais l’estimation. Si aujourd’hui, il y a plusieurs personnes qui apportent le dollar par exemple pour le change, alors je déduis également que le taux de change peut être bas. Mais s’il y a peu de gens qui viennent échanger ou apportent le dollar, le cours augmentent automatiquement », explique-t-il. Bien évidemment, ils ont en tête approximativement à combien le dollar ou le cedi vaut en FCFA et vice versa.

L’approximation qui ne prévaut pas à la banque est bien évidemment ce qui attire les clients chez les spéculateurs

Le taux de change à la banque est préétabli et soumis à des exigences données. Marcy, comptable dans une banque de la place explique le mécanisme. « A la banque, seul l’Euro (puisqu’il est lié au FCFA, ndlr) peut s’échanger sans commission. Cela concerne seulement l’euro que le client apporte pour prendre le FCFA. Avant d’échanger cela, il devra justifier la raison de ce change et la banque doit veiller à ce qu’il ne soit pas de l'argent blanchi. Mais si par exemple, un client qui veut échanger le dollar paie automatiquement la commission à la banque », explique-t-elle.

Ainsi établi, ce taux qui n’est pas du tout négociable pousse plus les clients vers les cambistes qui sont dans l’informel, où ils peuvent facilement négocier.

« Ici, c’est un marché, et comme dans tout marché, c’est la négociation qui prime. Si le taux de l’un ne te convient pas, tu peux aller voir ailleurs. Si un cambiste dit qu’il veut changer 1 dollar à 600 FCFA par exemple, je peux lui proposer de me le faire à 605 FCFA. Et s’il accepte, le marché est conclu », explique Martin, client ayant l’habitude de faire le change à Aflao, à la frontière avec le Ghana.

« Mais ce qui fait cette différence, c’est l’urgence. Si j’ai besoin par exemple de dollar pour un client et que je trouve instantanément quelqu’un qui apporte le dollar, je donnerai un taux plus élevé pour qu’il accepte me vendre son dollar. C’est comme ça que se passent les choses », se défend Roger, le vieux cambiste.

Les risques sont légion dans ce métier comme tout autre, surtout que le cambiste travaille essentiellement l’argent. Des cas de vol et de braquage, on en compte à la pelle. Des erreurs se glissent surtout quand il s’agit de compter l’argent et le donner aux clients. Mais tout compte fait, malgré le caractère informel de ce secteur, il ne rivalise pas avec la banque. Cambistes et banquiers sont partenaires.

M E







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